INTO THE WILD

Publié le par Pénélope Lemarchand

TITRE : INTO THE WILD
undefinedREALISATEUR : Sean Penn

ACTEURS : Emile Hirsch, Marcia Gay Harden...
DUREE : 2h27'



     Un jeune diplomé boude Harvard et quitte sa famille pour errer sur les chemins et les rivières des Etats-Unis. Il s'est mis en tête d'aller vivre seul en Alaska. Il y mourra de faim.

     Ce long récit ne parle pas de la nature. Même si elle offre un agréable décors aux pérégrinations du héros, elle n'en est pas l'objet principal. Au coeur de son périple, il y a une réfléxion lancinante sur la société.
     Au début, Christopher vit dans une société dont le moteur principal est l'économique, la société des diplômes et des voitures neuves. Une société qui repose sur la concurrence, la compétition, l'affrontement, l'ambition, et toutes les formes de représentation.
     A la fin, il découvre que le vrai moteur de la société, c'est la sociabilité, qu'il s'agit d'un besoin humain primordial, et que l'autre n'est ni un concurrent, ni un gêneur, ni un associé, ni une main d'oeuvre potentielle, mais qu'il est avant tout celui qui peut rendre mon monde vivable, par sa seule présence à mes côtés.
     Pour en arriver à cette conclusion, il doit revenir à la base même de l'organisation sociale, lorsque l'homme - seul - manque de tout dans une nature infiniment indifférente à ses besoins et hostile. C'est une fois qu'il est revenu à cet en-deçà de la société qu'il peut reconstruire les valeur fondamentales de l'organisation sociale : l'impossibilité de supporter ses bonheurs et ses peines sans pouvoir les partager.
     La nature n'est donc pas là pour elle-même. Elle n'est là que comme moyen de négation de la vie sociale, comme moyen de destruction et de reconstruction. Tant que ses habitudes sociales n'ont pas été totalement détruites, Christopher s'en méfie comme de la peste, ce qui explique qu'il se refuse tout attachement, tout engagement, toute forme de vraie sociabilité. Il passe, il glisse entre les gens, aimable, mais toujours loin, toujours absent. Jusqu'au moment où une simple phrase de Tolstoï se met à résonner comme elle n'aurait pu le faire avant et où, ayant tout détruit, il sent qu'il va pouvoir tout reconstruire.
     C'est à ce moment que la nature, qu'il a prise en hôtage pour réaliser son expérience personnelle, se retourne contre lui, l'encercle, l'empêche de  retourner au monde des hommes, et le tue. A peine a-t-il le temps de rêver ce retour qu'il comprend qu'il était seul à avoir fait ce travail sur lui-même, et qu'il aurait fallu compter avec des gens qui, eux, n'auraient pas changé. Aussi, face à ce nouvel obstacle qu'il entrevoir, accepte-t-il la mort comme une délivrance.
     Pourtant, deux voix qu'il a croisées, celle de sa soeur Carinne (Jena Malone) et celle de Tracy, la jeune chanteuse (Kristen Stewart), pouvaient laisser penser que, même sans avoir à mener un tel voyage "jusque dans la sauvagerie du monde" - voyage qui d'ailleurs l'aura mené à la mort, on peut comprendre, intuitivement, ce que c'est que le bonheur - tout simple - d'être ensemble.

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julie 24/01/2008 09:16

Au final on comprend que toute quête de bonheur, quelqu'il soit, est inutile s'il elle ne peut pas être partagée. Cependant je ne pense pas que Christopher accepte la mort, on le voit jusqu'au bout souffrir attrocement. Au final cette "mère" nature est meurtrière. Un très beau film. Ton site est très bien je vais revenir!

Jef 16/01/2008 12:08

Oui, ce film est à la fois beau et très critique de notre société de consommation qui confond valeur et argent et qui oublie le rôle et la signification de l'homme. C'est finalement une quête vers soi, même si cela passe par des voies détournées et si on peut se demander si elle aboutit réellement puisque Christopher meurt sans partager son expérience.

Jef