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  • : Pénélope Lemarchand
  • : Célibataire
  • : 21/01/1988

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Mardi 11 mars 2008
Photo0546.jpgCYCLE : Lundis de l'INA
INVITEE : Sylvie Lindeperg
PRESENTATION : Julie Maeck


     Julie Maeck s'intéresse à l'histoire des représentations documentaires à la télévision. Sur le thème de la destruction des juifs d'Europe pendant la Seconde Guerre Mondiale, elle présente de nombreux extraits des années 1960 aux années 1990 qui tentent de résoudre l'aporie de montrer une destruction que l'on ne peut pas voir, à cause de la grande pénurie d'images d'archives dont on dispose.

     Faute sans doute d'avoir correctement posé le problème au début, et peut-être surtout parce qu'une partie de la salle venait à aux "Lundis de l'INA" pour la première fois, les deux oratrices ont dû subir les protestations d'un certain nombre de spectateurs, jusqu'à être accusées d'"universitarisme révisionniste".
     Pourtant le propos était très simple. Il s'agissait de voir comment des réalisateurs de documentaires pouvait "faire voir" et "faire entendre" l'extermination systématique et programmée des juifs par le National-Socialisme, alors qu'on ne dispose pour ainsi dire d'aucune image d'archives. Non pas parce que l'événement n'a pas eu lieu - l'existence d'image n'est pas une condition nécessaire pour qu'un événement existe - mais parce que tout avait été fait par les criminels pour en masquer le plus possible l'existence.
     Dans les années 60 (Le Temps du ghetto (1961), Frédéric Rossif), quand enfin la chappe de silence est levée sur le sujet, on pratique le montage d'images diverses, la plupart d'origine nazie, et montrant presque exclusivement les ghettos. C'est l'époque où la distinction entre ghetto, camps de concentration, et camps de mise à mort n'est pas encore nette dans les esprits. Si les images d'archives des ghettos existent, c'est parce qu'elles ont été commandées par Goebbels lui-même afin de conserver une trace presque anthropologique de ce peuple qui allait disparaître de la surface de la terre. Il fallait montrer - a posteriori - comment étaient "les juifs entre eux"...
     L'étape suivante (Le Chagrin et la pitié (1969), Marcel Ophuls) consiste à donner la parole à la mémoire. Il s'agit d'aller interroger les français eux-mêmes, d'aller traquer leurs souvenirs et leurs compromissions. C'est la fameuse interview de "Marius Klein", marchand de chaussure qui avait fait paraître un avis comme quoi, malgré son nom, il assurait aux clients qu'il n'était pas juifs. Ophuls retrouve la boutique par hasard, et, prétextant un reportage sur Clermont, l'oblige peu à peu à retourner dans ses souvenirs.
     Poussant plus loin l'utilisation de la mémoire, ce sont les témoignages poignants du procès Eichman qui sont repris dans le documentaire Ne laissons pas les morts enterrer les morts de Haïm Gouri, accompagnés d'images d'archives "illustrant" les propos des rares rescapés des tueries à ciel ouvert ou des triages à l'arrivée d'Auschwitz.
     Puis la relation entre la mémoire et l'image s'inverse dans Auschwitz, l'album de la mémoire d'Alain Jaubert (1984), puisque là, c'est un album retrouvé après guerre d'un photo-reportage sur le triage et la sélection des hommes et des femmes à Auschwitz qui sert d'amorce au travail de la mémoire.
     En 1992, le regard global est abandonné au profit du regard particulier. Les spectateurs connaissent maintenant les tenants et les aboutissants du massacre, Pierre-Oscar Levy se concentre sur un seul groupe, un cas particulier, les prisonniers du premier convoi arrivé de France dans le camps de mise à mort de Birkenau. C'est Premier convoi. Les témoins sont sur les lieux, comme cet homme, dans un bloc encore debout, qui se souvient du "lit" où il a vu son père, méconnaissable, et que son père ne l'a pas reconnu.
     On le voit, le parcours était implacable. Entre l'imagerie d'origine nazie, utilisée sans grande prudence et faute de mieux pour commencer à dire quelque chose, et la concentration finale sur des cas précis, vivants, abandonnant les images d'archive au profit du souvenir des lieux, tels qu'ils existent encore aujourd'hui, on a un véritable "récit de formation" du juste regard sur ce qui doit moralement être vu tout en ne pouvant matériellement l'être.
     Pour autant, ceux qui avaient été attirés par le titre de la soirée, et qui s'attendaient à une simple projection de longs extraits jouant sur la sensibilité et l'émotion on été scandalisés - semble-t-il - par cette patiente recherche sur le contournement d'une aporie, sur l'éducation du regard, sur la question de savoir comme montrer l'inregardable, non pas tant parce qu'il n'est pas soutenable de le regarder, mais parce qu'on se retrouve face à l'inimaginable, et que les criminels ont tout fait pour qu'aucune trace ne demeure.

par Pénélope Lemarchand publié dans : INA communauté : Cinéma
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Lundi 4 février 2008

Photo0531.jpgCYCLE : Lundis de l'INA - les grands entretiens
INVITE : Jean Malaurie
PRESENTATION : Gérald Collas


     Jean Malaurie présente dans le cadre des Lundis de l'INA la réédition des  Derniers Rois de Thulé et de Inuit dans un remontage de 2007. Les extraits abordent son activité de réalisateur de films dans l'Arctique, l'intimité de la vie des Inuit, les Inuit à l'époque du socialisme soviétique et l'enjeu écologique du grand Nord.

    
C'est grâce à Pierre Schaeffer et au Service de la Recherche de l'ORTF que Jean Malaurie a pu donner des images vivantes à son best-seller les Derniers Rois de Thulé, premier titre de la collection "Terre Humaine" (Plon) dont il était à la fois le fondateur et le directeur.
     Le principe de cette collection (où est paru le Tristes Tropiques de Claude Levi-Strauss) consistait à opposer à la chimère scientifique de l'observation objective des livres d'anthropologie narrative dans lesquels le "je" de l'observateur serait aussi présent que le "je" des hommes observés. Car Jean Malorie l'a redit : "C'est le "je" qui est scientifique !"
     Pour lui, il s'agissait donc d'abandonner le géologue cassant les pierres du grand Nord, pour devenir l'ami, le défenseur, l'apôtre des Inuit. Et le film les Derniers Rois de Thulé encore plus que le livre devait servir d'instrument majeur au bénéfice de cet apostolat.
     C'est la raison pour laquelle les Derniers Rois de Thulé a été réalisé pour la télévision et non pour le cinéma, afin de toucher un plus large public, à une époque où la télévision comptait remplir le rôle d'ouverture inespérée pour le grand nombre à ce qui auparavant était caché dans les bibliothèques, les universités, les salles de concert et de conférence.
     Jean Malaurie n'interroge pas les Inuit - ou peu, il ne ne les met pas en scène : il les laisse vivre, il se laisse vivre avec eux, et sur les images parle de lui-même, de son regard, de son interprétation, de sa conscience, de son jugement. Il ne nous fait pas croire que nous avons un contact direct avec les Inuit : nous avons un contact direct avec quelqu'un qui nous parle des Inuit. Bref, il montre que la plus grande objectivité, dans un documentaire (et cela m'a fait penser à la démarche encore plus radicale de Chris Marker), c'est la subjectivité du documentariste.
     C'est le problème des images officielles de la Sibérie délivrées par l'Etat soviétique. Elles sont trop objectives pour être vraies. Même si elles ne mentent pas, elles filtrent la réalité, et donc elles ne disent pas la vérité. Surtout : elles ne sont pas vivantes. Elles ne sont pas faites d'hommes qui pensent et qui resentent. Et, pire, parce que leur objectivité idéologique est mise au service du marxisme léninisme matérialiste athée, elles manquent le magique, le sacré, le mythologique, le religieux.
     "L'Arctique, c'est Lascaux vivant", dit Jean Malaurie en regardant les Inuit manger à pleine dents (et encore, on n'a pas vu la scène où ils mangent sur la banquise les moules prédigérées dans l'intestin du phoque qu'ils viennent de tuer et de dépecer...) Or la vie est transcendante. Et à cette vie transcendante s'oppose la vie matérielle - qu'elle soit soviétique ou capitaliste -  faite d'enjeux commerciaux, financiers, stratégiques, civilisationnels, enjeux de mort, de destruction, d'exploitation, de déshumanisation.
     C'est pourquoi la Saga des Inuit est un plaidoyer pour la vie, pour la nature, pour la pensée magique, pour l'animisme primordial, pour la seule écologie responsable, l'écologie mystique et chamanique.
     Jean Malaurie a annoncé à la fin qu'il présentera fin mai son nouveau montage à L'Assemblée Nationale.

par Pénélope Lemarchand publié dans : INA communauté : Cinéma
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