AMAHUTA

Publié le par Pénélope Lemarchand

TITRE :  AMAHUTA
REALISATRICE : Nyambura Wele
ACTRICES : Aminata Compaore, Salimata Diara...
DUREE : 1h43'




     Un groupe d'étudiantes d'une pension catholique en Afrique noire part faire un pique-nique de fin d'année aux pieds de la montagne Amahuta. Attirée par les légendes païennes qui se racontent au sujet de cette montagne, trois étudiantes s'y avanturent et disparaissent mystérieusement...

     Lorsque j'ai vu que le Festival Ebène du Film proposait un remake du Picnic at Hanging Rock de Peter Weir, je n'ai pas pu me retenir d'y aller, par curiosité surtout, et malgré l'heure tardive de l'unique diffusion (23h30 LOL !)
     J'ai toujours adoré le film de Peter Weir, magique, mystérieux, onirique, angoissant et sensuel. On pouvait craindre un remake ridicule, d'autant que l'affiche fait quand même plus racoleuse qu'autre chose ! Et pourtant c'est tout l'inverse : Amahuta est presque plus magique encore que l'original.
     D'abord la montagne elle-même, dans ce décors fabuleux, qui semble beaucoup plus magique par ses formes que celle du film original, et plus hantée de souvenirs, surtout lorsque les trois filles arrivent à l'"autel de la vierge", sorte de megalithe naturel qui semble avoir été posé là par les dieux.
     L'opposition entre les deux cultures, la culture catholique importée et la culture animiste locale est intéressante, car le catholicisme semble à la fois condamner l'animisme et y pousser naturellement. La manière dont est filmée la pension avec ses gros plans mystérieux sur les statues et les objets religieux, les voix déformées dans l'église, cette sorte de transe mystique semblent déjà un monde de fétiches et d'envoûtement. De même la prière avant le pique-nique ressemble à une invocation des divinités, et le vol d'oiseau qui y répond laisse entendre qu'il n'y a pas tant de différence que ça entre la religion chrétienne et les rites locaux.
     La musique aussi, lancinante, passant des chants d'église du début aux rythme ensorcelant de la montagne, faits d'instruments et de chants d'animaux, enveloppe le spectateur dans une atmosphère où la différence entre le vivant et l'inerte, l'humain et l'animal, le profane et le sacré, n'existe plus.
     Enfin, et ça n'est pas le moindre point, la charge érotique de cet enlèvement mystique est beaucoup plus appuyée que dans le film d'origine, aussi bien dans le terrain préalable des relations sentimentales entre les étudiantes, favorisées par l'effet de huis-clos, et l'ambiance sur-protégée et sur-érotisée de l'internat, que dans les séquences mystiques qui elles laissent imaginer - peut-être fantasmatiquement - ce que pouvaient être les cérémonies animistes dans leur dimension érotique et sexuelle.
     En ayant fait payer au groupe l'intrusion dans un espace qui n'aurait pas dû être souillé par la capture de trois de ses membres, les divinités animistes garantissent la tranquilité du pensionat. Et pourtant cette disparition mystique entraîne une longue et pesante déchéance de tous, obsédés par l'absence, et - ce qui est le plus intéressant, j'ai trouvé - par une sorte de jalousie envers le sort des trois vierges élues.
     Ce film génial, diffusé une fois dans une seule salle, tourné avec des moyens dérisoires par une réalisatrice débutante, laisse, comme la disparition de ses trois (superbes) héroïnes, une impression tenace, envoûtante, et l'envie de retrouver cette montagne, de s'y offrir et de s'y perdre.

 

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