ENTRE LES MURS

Publié le par Pénélope Lemarchand

TITRE : ENTRE LES MURS
REALISATEUR : Laurent Cantet
ACTEURS : François Bégaudeau, Nassim Amrabt...
DUREE : 2h08'
 

    Dans un collège parisien, une classe de quatrième dont les élèves sont en majorité "issus de l'immigration". Le cours de français...

     Quasi reportage tellement les situations semblent inspirées de la vie quotidienne d'un collège, avec son lot de banalités et de petites histoires, Entre les murs tente de garder tout du long un parti pris d'observation, de description plus que de narration.
     Le prix à payer est que les pistes narratives, parce qu'elles doivent effrayer un peu le réalisateur, sont toutes sabordée les unes après les autres. On ne sait pas comment fait Cumba pour se réconcilier avec son professeur ; on ne sait pas ce que devient la mère chinoise en cours d'expulsion, on ne sait pas ce que devient l'élève exclu.
     Cet effet (car c'en est un) renforce l'impression de non-romanesque, mais paradoxalement donne une impression un peu artificielle, car dans la vraie vie, la plupart des histoires ont justement un début, un déroulement et une fin. Donc en cherchant à éviter le romanesque, on minimise les enjeux qu'on rencontre dans la vie réelle.
     L'"effet de réel" est renforcé aussi par un parti pris de "juste milieu". Pour ne pas tomber dans les excès du prof modèle ou du prof minable, et surtout des élèves monstrueux au coeur d'or, on sent que les personnages sont fabriqués pour "paraître" équilibrés.
     Le prof a d'innombrables qualités (même si ses cours semblent terribement creux à ce qu'on voit dans le film), mais il s'énerve, harcèle quand même souvent les élèves, les charrie effectivement un peu trop, commet des fautes graves (il reçoit un élève à la fin du cours avec la porte de la classe fermée, il traite au conseil de classe un élève de "limité scolairement", il accuse les déléguées d'avoir une attitide de "pétasses"...)
     Les élèves aussi ne sont ni trop sympathiques (pas mal de scènes ne sont là que pour essayer de mettre un peu d'antipathie) ni trop violents. Leurs insolences sont quand même très soft, on fait tout une histoire d'un tutoiement et d'une chaise renversée. On sent là encore la prudence de ne pas trop en faire, pour faire plus vrai, ou au moins pour ne pas être accusé d'en faire trop. On peut y voir aussi une espèce de pudeur à ne pas montrer ce qu'il peut se passer réellement dans une salle de classe difficile.
     Idem pour la salle des profs, où la dynamique de groupe devrait jouer à plein, mais où les rôles semblent exagérément affadis (si on peut dire). Où est le prof syndicaliste ? Ou est le prof soixante-huitard ? Ou est le boute-en-train ? Ou est le maniaco-depressif qui pourrit l'ambiance systématiquement ? Ou est le prof agrégé qui vogue sur son petit nuage et méprise tout le monde ? On a juste une scène de pseudo-déprime vite oubliée, et un Principal consciencieux qui récite sa leçon.
     Et puis, pour finir de construire cet effet d'équilibre, tout s'achève dans la liesse générale avec un match de foot entre profs et élèves, qui semble dire : "au lieu de vous casser les pieds à faire cours, pourquoi ne pas vous amuser tous ensemble à taper dans un ballon". Car évidemment ce match "amical" de fin d'année se passe - pour les besoins du film - divinement bien.
     D'ailleurs, à force de tout peindre en tons pastels, on a donc un monde où rien n'est blanc et rien n'est noir, sans contraste, alors que justement l'origine de tous les problème semble venir des contrastes. On ne parvient pas non plus très bien à comprendre à quoi sert tout cela, le français, le collège, la discipline... on est dans une espèce de routine imposée qui fait peur à voir, tellement elle semble admise par tous, élèves, profs, administration.
     Entre l'école fade où l'on perd son temps et l'école formatrice qui est un lieu revendiqué d'oppositions et de combats, personne n'ose choisir. En tout cas pas ce prof de français qui parle d'imparfaits du subjonctifs mais qui trouve que Zadig est trop dur à lire.     Pour autant, c'est évident que ce film est important, au moins par les questions qu'il pose sans y répondre, ou même par les questions qu'il refuse de poser.

     PS : ma grande soeur est prof en collège difficile...

Publié dans Mes Tops

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Marie 11/03/2009 21:48

J'ai rédigé un article sur ce film moi aussi, et je suis plutôt d'accord avec toi, même si je me suis surtout concentrée sur les questions soulevées dans le film, car d'ici un peu plus d'un an, je serais prof moi aussi! Bref, je me sens quelque peu concernée!
J'en profite pour te dire que je viens tout juste de découvrir ton blog et que je suis sous le charme. Tes critiques sont vachement bien rédigées, c'est épatant! Je me permets d'ailleurs de t'ajouter à mes liens, je retrouverai ainsi ta page plus facilement! =)

Shin 21/10/2008 10:48

http://shin.over-blog.org

Pollux 19/10/2008 09:43

Bel article ! Je n'ai pas vu le film mais ton analyse, même un peu acide, me conforte dans l'idée d'y aller !!!

Mademoiselle Coco 16/10/2008 23:57

Putain !!! Pardon pour la vulgarité, mais qu'est-ce que tu écris bien !
Dis moi, tu comptes bosser dans le ciné, ou dans la critique ciné?
Parce que t'as tes chances, je te le dis !

PS : je te rejoins sur certains points concernant "Entre les murs", notamment le sabordage :)