DOROTHY

Publié le par Pénélope Lemarchand

TITRE : DOROTHY MILLS
REALISATRICE : Agnès Merlet
ACTRICES : Carice Van Houten, Jenn Murray...
DUREE : 1h42'


     Une psychiatre pour adolescents se rend sur une île perdue d'Irlande pour étudier le cas d'une jeune fille qui a sévèrement maltraité un bébé. Elle découvre une communauté où les relations avec la fillette sont particulièrement troubles...

     Dorothy Mills mélange plusieurs thèmes bien connus du cinéma à frisson : les revenants, la possession, l'enfant maudit, le traumatisme des souvenirs, le village perdu, et en ajoute un un peu plus original : la multiplication des personnalités.
     Tous ces thèmes sont traités avec une certaine sobriété, accentuée par l'aridité désolante des lieux (un des cadres les plus insignifiants et inhospitalier qu'on puisse imaginer), et surtout la passivité et le manque de dynamisme du personnage de la psychiatre.
     Cette psychiatre dont les méthodes semblent totalement désordonnées, superficielles et inefficaces, et en plus dotée elle-même de ses propres hantises, ce qui finalement éparpille un peu l'histoire sans rien apporter d'intéressant. Elle n'en fait que mieux ressortir l'étrangeté fascinante de l'héroïne, son visage terrible, son regard à la fois farouche et cinglant, son essentielle ambiguïté.
     Dorothy est un personnage fondamentalement ambigu. Par son âge, par son physique à la fois angélique et pervers, par sa relation à elle-même, tour à tour bourreau et victime, et surtout par son imprévisibilité. J'ai trouvé toutes les scènes de changement de personnalité particulièrement effrayantes, comme si tout à coup le plancher sur lequel on croyait pouvoir tenir se dérobait, comme si l'on était devant une béance, inatteignable, intouchable, un autre monde présent et pourtant qui nous échappe, un au-delà trouble.
     Pourtant peu à peu l'histoire se rationnalise, les pistes se rejoignent, comme un puzzle, et Dorothy se révèle pour ce qu'elle est : ni une sorcière, ni une possédée, mais un petit ange qui renvoie au village entier - par contraste - l'image de des traumatismes et de des scrupules de chacun : mauvaise foi, hypocrisie religieuse, paganisme sauvage, viol collectif, crime déguisé d'adolescents...
     Par la couleur de sa peau, de ses yeux, de ses cheveux, par la manière dont elle s'habille, en tons clairs et pastel dans la grisaille, elle est ce que le village devrait être : souriante, gentille, pure. Mais cette pureté, comme dans un miroir déformant, se transforme en grimace, en rictus, comme pour montrer aux autres ce qu'ils sont eux-même, ce qu'ils ont défiguré d'eux-mêmes, et les mettre face à leurs actes, à leurs contradictions, à leurs mensonges.
     Et chacun de ses "personnages" exprime une angoisse : angoisse de la séduction et du sexe dans ce village replié sur lui-même et pétri de moralisme, angoisse de la jeunesse et de la nouveauté  - qui n'ont définitivement pas leur place sur l'île, et surtout angoisse de la mort, Dorothy refusant de grandir, refusant d'avoir été celle qu'on faisait embrasser les morts, et angoisse de tous les autres face à l'au-delà, là où les hypocrisies et les mensonges n'auront plus de force, et où les anges de la terre - seuls enfin - pourront vivre en paix.

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tranxene 05/06/2009 09:39

En fait ce film est inspiré d'un livre de Daniel Keyes qui raconte l'histoire de Billy Milligan , pour ceux qui ont aimé Dorothy je conseil vivement le livre "les milles et une vie de Billy Milligan " . Il y a également une suite " les mille et une guerre de Billy Milligan " que je conseil déjà moins ^^

Vance 12/09/2008 19:39

Tu sembles avoir été touchée par ce film. Je l'ai apprécié pour son ambiance glauque, ses personnages atypiques et sa construction subtile, mais j'ai l'impression qu'il "parle" davantage aux spectatrices (ma voisine en a été secouée et a passé la moitié du film les mains sur les oreilles, tant les changements de voix la terrorisaient).
Merci d'être passée.