REALISATEUR : Mitchell Lichtenstein
Aux pieds d'une étrange centrale nucléaire qui crache des
nuages noirs vit Dawn, une blonde adolescente qui défend avec enthousiasme virginité et chasteté, jusqu'à ce qu'elle soit amenée à découvrir que son propre corps n'est pas sans dangers pour les
hommes un peu trop entreprenants...
Un film sur un mythe fantasmatique est toujours le bienvenu. Quand en plus ce mythe fantasmatique fleurte avec des sujets plus ou moins tabou, on se dit que c'est encore
mieux. Quand enfin au lieu d'en faire une lourde démonstration, on préfère la légèreté de la comédie, on se dit que ce sera forcément réussi.
Le mythe fantasmatique en question, c'est le fameux "vagin denté", la femme castratrice, la matrice-bouche, la mante religieuse qui décapite la virilité de l'homme.
Mythe traumatique aussi bien pour l'homme que pour la femme, il fait de l'accouplement une scène d'anthropophagie, du sexe une sorte de cannibalisme.
Car le sexe de la femme est mystérieux (celui de l'homme est beaucoup plus "explicite"), et comme tout ce qui est mystérieux, il se teinte de sacralité et de
mysticisme. Il est tabou, gardé par un esprit protecteur, qui, ici, est une denture vorace qui ne se laisse pas visiter si facilement que ça.
On assiste alors à une petite anthologie des "visites" possibles. La première, dépucelage situé dans une grotte matricielle à faire frémir un psychanalyste, s'apparente
quand même clairement à un viol. La deuxième, sous la main d'un gynécologue peut-être un peu trop entreprenant, renvoie à la curiosité malsaine, l'atteinte à l'intimité, en quelque
sorte - pour employer les grands mots - à la pornographie. La troisième est une douce et tendre scène d'amour adolescent. La quatrième évoque le sexe hypocrite, l'accumulation des conquêtes
pour le fun, le pari entre mecs de séduire une oie blanche. La cinquième est une scène d'inceste machiavélique (sorte de "verso" de la situation précédente). La sixième ne sera que la
réplique de la précédente, au (demi-)frère succédant le vieux-qui-pourrait-être-son-père.
De ces différentes situations, une seule est tolérée par la denture vorace de Dawn, la troisième, c'est-à-dire cette scène de paradis terrestre, d'amour sans scrupule
entre une sorte d'Adam et Eve juvéniles, dans une sorte de chapelle ardente où la vie et la mort n'existent plus. Tous les autres accouplements seront conclus d'un coup de dent sec ! Et c'est là
que le côté soi-disant "politiquement incorrect" et "trash" du film devient de moins en moins évident.
Car finalement, ce vagin denté sélectif que Dawn - sitôt qu'elle a appris à s'en servir - compte bien utiliser à son profit, devient une arme contre le viol, le sexe et
le vice. Il est une sorte de bénédiction pour celle que les tentations avaient empêché de tenir bon dans la voie de la pudeur et de la chasteté, une sorte de justicier contre le sexe sauvage et
dégradant, souillant l'antre sacré et mystique de la femme. Redresseuse de torts, on l'imagine parcourir les routes, telle une "serial-killeuse de la moralité", castrant les vicieux et les
pervers de motels en motels. Quand les mots ne sont pas suffisants pour soi-même et pour les autres, rien ne vaut un vagin avec des dents.
Et puis dans ce film soi-disant "choc" qui ne parle que de "ça", je remarque qu'on voit un certain nombre de pénis tombés par terre, en gros plan, mais pas une seule fois
le héros de la fête, c'est-à-dire tout simplement le vagin de Dawn. Or c'est exactement ce que critiquait le film, en raillant les manuels scolaires d'anatomie qui ne censurent que les organes
génitaux féminins... Quand ce qu'un film condamne, il le fait lui-même, on peut se demander si derrière le prétendu "politiquement incorrect" ne se cache pas le plus plat des conformismes...
Mais bon, malgré tout cela, on va dire qu'on passe un bon moment...
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