ULZHAN

Publié le par Pénélope Lemarchand

REALISATEUR : Volker Schlöndorff
ACTEURS : Philippe Torreton, Ayanat Ksenbai...
DUREE : 1h45'



     Un français quitte tout et traverse le Kazakhstan. Il croise un marchand de mots et une jeune Kazakh...

     On pourrait s'amuser à comparer - à opposer - Into the Wild et Ulzhan, et la modestie de l'un parviendrait sans doute à tenir tête au succès de l'autre. Mais on peut aussi traverser le film comme son héros traverse les steppes : dans le dépouillement.
     Dans le dépouillement on ne compare pas, on ne juge pas en mieux ou en moins bien, on ne dresse pas des listes et des palmarès, on ne recherche pas les honneurs, on ne distribue pas des prix ou des récompenses. On marche. On prend les choses comme elles viennent. Jusqu'au but.
     On marche, et c'est l'histoire avant tout d'une traversée, d'un cheminement, d'un parcours qui abandonne rapidement l'avenir douteux des frontières, des usines et des tours pour le présent incontestable du désert, de la steppe, de la montagne. Non pas une marche comme aventure et comme démission, mais une marche de la volonté, de l'effort, de la ténacité, de la conscience : une marche initiatique.
     Et pour accompagner cette marche initiatique, deux adjuvants, finalement inutiles, sauf à se dire que - paradoxalement - par leur présence, ils ont permis au héros de tenir bon dans son projet de solitude, dans sa décision de se perdre définitivement, unique moyen de se trouver.
     Le marchand de mot, sorte de chaman mi-homme mi-dieu tout droit sorti du Mahabharata, représente le lien entre la nature et les divinités, cette sorte d'animisme où les mots sont sacrés, où les signes sont partout, et les correspondances se disent dans la violence des transes. La jeune fille, sorte d'ange mi-déesse mi-femme, représente le lien entre les hommes, la confiance, la compassion, l'affection, la tendresse, le dévouement, la disponibilité, la curiosité, l'attachement... en un mot, l'amour.
     Des dieux et de l'amour, Charles ne voudra pas. Ces deux béquilles le renforceront dans sa marche, mais il ne les laissera pas moins tomber lorsqu'il arrivera au but. Car il n'est la pour se réconcilier ni avec la nature, ni avec les hommes, ni avec les dieux, ni avec lui même. Il est la pour achever son voyage. Et c'est justement dans le dépouillement que le voyage peut s'achever.
     Dans les hauteurs enneigées de la mort, la vie prend son sens quand - enfin - elle a su se détacher de toute la pesanteur des choses. La marche, en le faisant tout perdre, ne l'a pas ramené à la vie. Elle lui a ouvert au contraire, dans le dépassement des choses du monde, les portes de l'achèvement.

Publié dans Mes Tops

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