REALISATEUR : Philippe Harel
ACTEURS : Karin Viard, Benoît Poelvoorde...
DUREE : 1h45'
Dix ans après la Corse, les randonneurs du GR20 décident de passer des vacances près de Saint-Tropez. Ils vont y retrouver leur ancien guide, Eric, qui va
les introduire dans les lieux chics et les soirées tocs...
On prend les mêmes, et on ne recommence pas... ou du moins on recommence un peu, mais si peu qu'il ne reste des premiers randonneurs qu'une copie un peu pâle,
un peu lourde, un peu vieillie.
Ce que j'avais bien aimé dans le premier opus, c'était l'avalanche de petits gags, qui venaient d'une observation sans concession des fausses vacances sportives, des
faux groupes d'amis, de cette manière vouée à l'échec qu'on a de s'inventer des envies, des rêves, qui, sitôt qu'ils sont confrontés à la réalité, deviennent des cauchemars.
Mais la mémoire est sélective, et des mauvais moments, on ne conserve souvent que les bons souvenirs, et l'envie vous prend de recommencer, jusqu'à ce qu'une nouvelle
fois la réalité vous frappe en plein visage, comme le narrateur de La Mort à Venise de Thomas Mann, qui réalise - mais trop tard - qu'il déteste Venise, au moment même où il y
revient.
Ici c'est un peu ce qui se passe. Le souvenir idéalisé des vacances passées donne au quatres ex-randonneurs l'envie de remettre ça. Et vite fait les défauts des uns des
des autres resurgissent : le sérieux grognon, le joyeux irresponsable, l'enthousiaste déçue, la passive discrète... et l'amitié redevient ce qu'elle est en réalité : un fantasme qui ne se
réalise jamais, et qui baigne toujours dans l'hypocrisie, les compromissions, les faux-semblants, les petites jalousies et les les grandes exaspérations.
Le problème c'est que ce constat un peu terne n'est égayé ici par aucun gag. Dans le premier film, la randonnée amicale était une valeur en apparence positive, que
le scénariste s'amusait à ramener à sa réalité. Mais ici, Saint-Tropez est déjà pour tout le monde une valeur désespérément négative, qui ne gagne rien à être une fois de plus caricaturée. Que
la jet set soit un mouroir de riches (et moins riches) déchets sociaux, tout le monde le sait. Donc la caricature ne fait pas rire, et la dénonciation tombe à plat.
En plus, la concentration sur le groupe, au sein duquel le personnage d'Eric jouait un rôle capital à la fois de chef et de repoussoir s'évanouit ici dans la
foule, avec un Eric de pacottille, qui ne parvient jamais à donner vie au groupe, perdu dans son rôle de kakou n'existant que par les compromissions dans lesquelles il s'étrangle
lui-même.
Symptomatique de l'échec à créer une dynamique, le seul rôle qui bouge un peu (Cora, par Karin Viard) s'exclut par là même du groupe et va vivre sa vie en dehors du
film. C'est l'un des aspects les plus frustrants d'un film qui ne parvient, de scène en scène, qu'à décevoir.
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