REALISATEUR : Mark Palansky
ACTEURS : Christina Ricci, James McAvoy...
DUREE : 1h41'
A cause d'une malédiction concernant ses aristocratiques aïeux, Pénélope nait avec un nez de cochon. Ses parents la cachent et espèrent que l'amour d'un jeune noble
pourra la délivrer de ce malencontreux détail anatomique...
Evidemment, Pénélope s'appelle Pénélope, et comme c'est le plus beau prénom du monde, c'était normal que j'aille voir le film. Même si en lisant le synopsis,
je m'étais sentie frémir... De même que "Tanguy" était devenu synonyme de garçon-chez-papa-maman, je n'avais pas vraiment envie que "Pénélope" devienne le féminin d'Elephant man, et synonyme de
fille-trop-moche-au-nez-de-cochon^^...
Et puis j'avoue que l'affiche, indépendament du titre, m'avait tout de suite plu. Donc je n'ai pas manqué d'aller voir mon homonyme, et je ne regrette pas d'avoir fait
sa connaissance.
Une fois de plus - et on ne va pas se plaindre - c'est un conte. Un vrai. Un vrai conte de fée avec une sorcière au début (et pas seulement au début...), une
malédiction, une promesse à double sens - histoire de garantir quand même un minimum de suspens - et une fin qui finit bien.
L'histoire, évidemment, est très simple. Elle rappelle "la Belle et la Bête" mais dans l'autre sens : c'est Belle qui a une tête de Bête ! et qui a besoin
d'un regard d'amour pour redevenir Christina Ricci. Sauf que le regard d'amour s'est transformé ici en contrat de mariage avec un jeune homme de bonne famille... enfin c'est ce qu'ont compris
les parents ! Car bien sûr il y a une morale, et la morale est double : ça n'est pas un contrat de mariage avec un jeune homme de bonne famille qui apporte le vrai bonheur (première morale) ;
s'aimer soi-même est la première porte du royaume de l'amour (deuxième morale).
S'aimer soi-même, ça ne veut pas dire passer son temps à se persuader qu'on est la meilleure et que tous les autres sont nuls. S'aimer soi-même c'est se connaître,
connaître ses qualités et ses défauts, assumer ceux contre lesquels on ne peut rien, et s'accepter tel qu'on est, s'attacher à soi-même pour ce qu'on est.
Evidemment c'est plus facile à dire qu'à faire (surtout quand on a un nez de cochon), mais c'est bien ça le but des contes, de raconter comme si c'était simple des
choses qui sont difficiles, parce que c'est la seule manière de donner vraiment espoir d'y arriver.
Mais finalement, l'histoire (et sa morale) n'est peut-être pas ce qu'il y a de plus important dans un conte. Car ils racontent un peu tous la même histoire, et
proposent un peu tous la même morale. Ce qui est important dans un conte, c'est peut-être plutôt les décors, les accessoires, le superflu, l'annexe, l'inutile, les petits détails qui font que
"Cendrillon" n'est pas "Peau d'âne", et que "Blanche neige" n'est pas "la Belle au Bois dormant"...
Or ici en matière de décors et de petits détails, on est servi ! L'esthétique de l'ensemble est vraiment convaincante, posant un style unique, propre à cette fille
restée cloîtrée pendant des années chez elle et dont l'univers imaginaire est totalement décalé par rapport au monde extérieur. La confrontation entre Christina Ricci et Reese Witherspoon -
confrontation avant tout "esthétique" - est d'ailleurs parfaitement réussie. Mais tout est esthétisé, jusqu'au groin lui-même qui devient un objet de valeur, déguisement préféré des enfants à
Halloween et des bals costumés.
Du coup on regrette presque que Pénélope perde son joli apendice nasal qui, d'esthétique, s'était presque érotisé au fur et à mesure que la jeune fille devient jeune
femme, et que l'inconnue devient célébrité. Mais c'est ça la magie des contes... Quand Peau d'âne a perdu sa peau d'âne, quand Cendrillon n'est plus une souillon, quand la Belle au Bois dormant
ne dors plus, quand la Bête n'est plus une Bête, le conte perd tout son intérêt et s'arrête. Au mieux nous fait-on croire qu'ils vécurent heureux et eurent beaucoup d'enfants...
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