J'AI TOUJOURS REVE D'ETRE UN GANGSTER

Publié le par Pénélope Lemarchand

REALISATEUR : Samuel Benchetrit
ACTEURS : Jean Rochefort, Anna Mouglalis...
DUREE : 1h48'



     Un gangster minable qui vient de perdre son arme braque une cafétaria minable dont la nouvelle caissière venait de tenter elle-même (en vain) de braquer son patron. Deux kidnappeurs tentent en vain d'y récupérer de l'argent pour rendre une adolescente suicidaire à son père. Alain Bashung y rencontre Arno qui prend sa revanche pour une chanson volée et cinq vieux s'aperçoivent que cette cafétaria a remplacé leur ancienne planque...

     J'ai une petite théorie sur le cinéma. Je pense que pour qu'un film soit bon il n'y a pas besoin que l'histoire soit bonne. Il n'y a pas besoin non plus que la réalisation soit spectaculaire ou les acteurs transcendants. Un film peut avoir une histoire géniale, des décors et des acteurs fabuleux, des effets de mise en scène confondants, et être nul.
     Je pense que ce qui compte dans un film, c'est le rapport, le lien, la relation, la logique entre ce qu'il dit et ce qu'il montre. C'est donc la complémentarité entre l'histoire qu'on raconte et la manière qu'on choisit de la raconter qui fait la valeur d'un film. Et l'histoire peut être quelconque, la mise en scène modeste, les moyens dérisoires, si tous les éléments s'accordent et se lient et se complètent intelligemment les uns avec les autres, cela donne un bon film.
     Voilà ma petite théorie. Elle explique pourquoi j'ai totalement aimé J'ai toujours rêvé d'être un gangster. Ce film en noir et blanc, tourné dans un format d'image invraisemblable et mélangeant les style comme une sorte de Kill Bill des pauvres est découpés en chapitres qui tous, à un moment où à un autre, croisent cette étrange cafétaria.
     Chaque chapitre est ainsi une sorte de sketch à l'humour décalé, mettant en scène des loosers sympathiques ou des has been attachants. Tout est médiocre, tout est piètre, tout est terne, mais tout l'est tellement à tous les niveaux possibles, que le film s'impose comme un monolithe parfait.
     Edouard Baer avec son flegme désenchanté pose d'emblée le tempo du film : un long étirement à n'en plus finir, pour la plus grande délectation du spectateur, dans la mesure où comme moi il (ou elle) suit avec une nonchalence amusée ces petits destins à la fois pitoyables et savoureux.
     Alain Bashung et Arno sont desespérants. La caissière aux allures de Lauren Baccal m'a fait mourir de rire à chacune de ses répliques de mythomane totalement décalée. Les cinq vieux gangsters à la retraite qui ratent leur dernier braquage (un Mc Do !) aussi, qui baignent en plein pathétisme avec une fierté et un orgueuil impayabes.
      Mais la palme revient au kidnaping foireux et à l'adolescente suicidaire que personne ne vient récupérer. Rien que d'imaginer les deux apprentis-kidnapeurs sur leur canapé à regarder le patinage artistique uniquement dans l'espoir de voir un tomber un(e) patineur(se), ça suffit à me faire (encore) rire !
     Voilà donc un (petit) film qui pousse son parti pris jusqu'au bout avec une unité de lieu, de ton, de médiocrité et de présomption ridicule qui le rendent infiniment sympathique, et cinématographiquement jouissif !

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tranxene 05/06/2009 09:52

J'ai bien aimé , j'aurai même pu faire de ce film ma bible si il n'y avait pas eu la prestation pitoyable d' Alain Bashung . Je trouve qu'il a gâché le film , bon je sais bien que c'est pas lui qui a écrit et réalisé sa partie , mais n'empêche c'est quand même lui qui casse le film . Donc sans son passage le film mérite un bon 16/20 , mais avec Alain Bashung il ne mérite plus qu'un 7/20 ...

mom 24/05/2008 20:19

ce film m'attire beaucoup a+

clargaibeul 21/05/2008 13:42

Ca commençait très mal ce film : baer se prend le poteau sur le parking de 10 hectares du supermarché... j'aurais du quitter la salle à ce moment-là mais comme j'étais en charmante compagnie qui en outre avait eu la délicatesse de prendre le plus petit package de pop-corn, j'ai persévéré. A l'arrivée, j'ai pesté et la pauvresse s'en est pris plein les oreilles en sortant du cinoche.
Bref, Benchetrit doit absolument déléguer les dialogues, il n'est ni Audiard ni Tarantino ni... autrement dit, c'est un peu du foutage de gueule.
Comment je termine? je dois faire des bisous à la terre entière?

Baccawine 26/04/2008 13:00

Bonjour Pénélope, tout d'abord je te transmets toutes mes félicitations pour avoir été sélectionné parmi les coups de coeur de OB (parce que tu le vaux bien). Je t'avoue que tu es une de mes précieuses références cinéphiles... Je suis en train de me prendre la tête pour écrire un billet sur J'ai toujours rêvé d'être un gangster, mais mon avis est tellement partagé que je ne sais plus par où commencer. Je constate que tu as beaucoup aimé ce film et c'est assez logique puisqu'il s'agit d'une réalisation très intéressante. En outre, ta critique met parfaitement en évidence ses bons côtés. (A titre personnel, je suis plutôt amateur de E. Baer). Toutefois, ce qui me surprend le plus concernant J’ai toujours rêvé d’être un gangster, c’est la magnanimité et l’aspect consensuel de la critique en général. Personne ou presque ne s'offusque du plagiat évident de Coffee and cigarette de J. Jarmush. Les points communs sont si flagrants que, dés le début de la projection, j'ai cru que S. Benchetrit voulait rendre un hommage appuyé à Jarmush (le noir et blanc, les courts métrages thématiques, l'unité de lieu, l'humour absurde et loufoque, les propos pathétiques, le duel d'acteurs-chanteurs, la nostalgie, la présence significative de la musique qui passe à la radio, et j'en oublie sans doute...) Le problème, c'est que n'est pas Jarmusch qui veut (de même, Arno et A. Bashung ne sont pas T. Waits et I. Pop, loin de là.) Certes, il s'agit d'une bonne comédie, et je la trouverais même excellente si ne persistait pas ce sentiment de "déjà vu". Au final, seul le deuxième court m'a semblé être à la hauteur de ce qui a été dit et écrit sur le film. Le premier est sympathique, mais le reste se délite progressivement au point de devenir parfois lourd et ennuyeux. (préjudiciable pour une comédie). [Est-ce que le succès de Bienvenue chez les Ch’tis en aurait froissé quelques uns ? J'ai toujours rêvé a un peu des allures d'antithèse : un peu comme si l'élite intellectuelle s'était cherchée une caution distinguée pour se poiler loin de la plèbe et s'était rabattue sur la première occasion présentable. Bon, là, j'exagère un peu...] Finalement je recommanderai chaudement ce film à tous ceux qui n'ont pas encore vu Coffee&Cigarette. Bonne continuation Pénélope, au plaisir de te lire. Bisous. Baccawine