REALISATEUR : Philippe Claudel
ACTRICES : Kristin Scott Thomas, Elsa Zylberstein...
DUREE : 1h55'
Eloignée des siens après 15 années de réclusion, Juliette est hébergée chez sa soeur. Tout en affrontant le regard et les
sentiments des autres, elle essaye de retrouver une vie sociale saine...
Il y a quelque chose d'un peu gros dans le sujet de départ, qui nécessiterait beaucoup de finesse, beaucoup de tact, beaucoup de délicatesse de la part des
acteurs et du réalisateur. C'est un peu ce qui se passe au début.
La progression de l'intrigue par petites allusions progressives semble un peu artificielle, un peu théâtrale au mauvais sens du terme, mais nous fait pénétrer doucement
dans l'univers éprouvant de cette Juliette qui doit porter sur elle le jugement des autres et - surtout - son propre jugement.
L'actrice joue juste cette infinie distance du regard, cette habitude forcée à l'ennui carcéral, cette rancoeur face au gaspillage inconscient de l'amour et de la
liberté, cette méfiance lasse vis-à-vie de tout, des autres, de soi-même, de l'amitié et du bonheur.
Mais rapidement la carricature pointe son nez et alourdit un propos déjà épais au départ. En particulier l'interrogatoire invraisemblable avec l'employeur qui réclame de
savoir quel délit son employée a commis, et qui la jette comme une malpropre dès que celle-ci, presque sans broncher, lui a débalé ses ordures.
Un film qui aurait dû rester le film de l'allusif et du silence, pour se concentrer sur la pesanteur du remord et de la suspission se met alors à devenir de plus en plus
bavard, de plus en plus démonstratif, de plus en plus obscène.
Au lieu de nous faire pénétrer dans l'intimité de la souffrance, il nous expose au grand jour les lieux communs de la pleurnicherie. On peut souvent être fier de
faire rire, on devrait souvent avoir honte de faire pleurer. Il y a quelque chose de trop noble dans les larmes pour les brader.
Et puis surtout, alors que l'histoire est si mal conduite qu'on se demande comment elle pourra finir, un stupide retournement de situation vient tout mettre par terre.
Tout le pesant échaffaudage passionnel et introspectif qu'on a vu construire n'aura finalement servi à rien, car le film n'était qu'une stupide fausse piste, bêtement cachée au spectateur pour
lui faire le coup de la révélation finale. Une révélation si invraisemblable, si niaise, si lâche dans son refus d'assumer la culpabilité - aussi horrible soit-elle, si grotesque dans son
artificialité, si malhonnête, qu'elle révolte et qu'elle dégoûte.
Ce film se moque d'un sujet grave et se moque des spectateurs. Il n'a finalement rien à dire ni rien à apprendre. Il ne fait rien comprendre. A la crudité violente
et cruelle du réel, il préfère la mièvrerie étudiée et complaisante de la pire des littérature. Celle qui se croit tout permis pour assurer ses petits effets.
par Pénélope Lemarchand
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