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  • : Pénélope Lemarchand
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Vendredi 21 mars 2008

roublev.jpgREALISATEUR : Andrei Tarkovski
ACTEURS : Anatoli Solonitsine, Irma Raush...
DUREE : 3h25


     Dans la Russie victime des invasions tartares, un moine peintre d'icône réfléchit sur son art et sa foi. C'est Andrei Roublev, l'auteur de la fameuse Philoxénie d'Abraham. L'horreur et le cruauté des homme le font renoncer à toute parole et à toute activité artistique, jusqu'à ce que le spectacle de l'ardeur d'un jeune fondeur de cloche lui redonne foi en l'homme.

     A millie lieues du dégueulis blasphématoire de la Passion de Mel Gibson, de la garden party holywoodienne du Jésus de Nazareth de Franco Zeffirelli ou encore de l'étrange pochade de l'Evangile selon Matthieu de Pier Paolo Pasolini, il y a ce film. A mon goût le plus beau film religieux qui soit, avec la plus belle scène de Passion qu'on puisse imaginer.
     Le film est découpé en chapitres de longueurs inégales, le dernier (la Cloche) étant un petit film à lui seul. Chacun évoque à la fois un aspect de la Russie des 13ème et 14ème siècles, et une facette de la vie du peintre Andrei Roublev et de ses confrères. On y voit ainsi comment un homme essaye d'inventer le ballon dirigeable pour atteindre le ciel, comment un batteleur grivois se fait livrer aux gens d'armes par un moine ambitieux, comment les paysans se livrent à une nuit de débauche en hurlant et en courant nus toute une nuit dans la forêt, comment les tartares, grâce à un prince félon, envahissent la cathédrale de Vladimir et se livrent au carnage, comment une jeune muette incarne la beauté la plus naïve et la plus fragile, jusqu'à ce fondeur de cloche débordant d'énergie pour inventer le secret des fondeur que son père à refusé de lui transmettre.
     Mais parmi toute ces scènes, l'une d'entre elle s'impose comme une expérience unique de cinéma méditatif et mystique. Roublev discute avec son maître Théophane le Grec au sujet des hommes, du Christ et de la foi. Tandis que leur médtation se développe, on assiste alors à une Passion du Christ jouée par des paysans russes dans un paysage blanc de neige. L'homme qui fait Jésus porte sa croix jusqu'au calvaire. Avant d'y être issé, suivi par tous les villageois, une femme a la chevelure claire se jette en pleurs à ses pieds. Cette Madeleine russe qui dit d'un geste l'adoration et le désespoir face à la cruelle absurdité des hommes et un des moments cinématographiques les plus beaux et les plus profonds que je puisse citer.

roublev-copie-1.jpg


     Dans l'ensemble de ces scènes d'une richesse inépuisable, ce "jeu de la Passion" dans la neige, loin des reconstitutions en costume, kitschs, malséantes ou intellectuelle, fait sentir ce que pourrait être, si elle était dégagée de toute hypocrisie, de toute niaiserie, de toute compromission, de tout arrière goût manipulateur, de tout mensonge avec soi-même, la Foi.

 

 

par Pénélope Lemarchand publié dans : Mes DiViDi communauté : Cinéma
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