REALISATEUR : Andrei
Tarkovski
ACTEURS : Anatoli Solonitsine, Irma Raush...
DUREE : 3h25
Dans la Russie victime des invasions tartares, un moine
peintre d'icône réfléchit sur son art et sa foi. C'est Andrei Roublev, l'auteur de la fameuse Philoxénie d'Abraham. L'horreur et le cruauté des homme le font renoncer à toute parole et à
toute activité artistique, jusqu'à ce que le spectacle de l'ardeur d'un jeune fondeur de cloche lui redonne foi en l'homme.
A millie lieues du dégueulis blasphématoire de la Passion de Mel Gibson, de la garden party holywoodienne du Jésus de Nazareth de Franco Zeffirelli ou
encore de l'étrange pochade de l'Evangile selon Matthieu de Pier Paolo Pasolini, il y a ce film. A mon goût le plus beau film religieux qui soit, avec la plus belle scène de Passion
qu'on puisse imaginer.
Le film est découpé en chapitres de longueurs inégales, le dernier (la Cloche) étant un petit film à lui seul. Chacun évoque à la fois un aspect de la Russie des 13ème et
14ème siècles, et une facette de la vie du peintre Andrei Roublev et de ses confrères. On y voit ainsi comment un homme essaye d'inventer le ballon dirigeable pour atteindre le ciel,
comment un batteleur grivois se fait livrer aux gens d'armes par un moine ambitieux, comment les paysans se livrent à une nuit de débauche en hurlant et en courant nus toute une nuit
dans la forêt, comment les tartares, grâce à un prince félon, envahissent la cathédrale de Vladimir et se livrent au carnage, comment une jeune muette incarne la beauté la plus naïve et la plus
fragile, jusqu'à ce fondeur de cloche débordant d'énergie pour inventer le secret des fondeur que son père à refusé de lui transmettre.
Mais parmi toute ces scènes, l'une d'entre elle s'impose comme une expérience unique de cinéma méditatif et mystique. Roublev discute avec son maître Théophane le Grec au
sujet des hommes, du Christ et de la foi. Tandis que leur médtation se développe, on assiste alors à une Passion du Christ jouée par des paysans russes dans un paysage blanc de neige. L'homme qui
fait Jésus porte sa croix jusqu'au calvaire. Avant d'y être issé, suivi par tous les villageois, une femme a la chevelure claire se jette en pleurs à ses pieds. Cette Madeleine russe qui dit d'un
geste l'adoration et le désespoir face à la cruelle absurdité des hommes et un des moments cinématographiques les plus beaux et les plus profonds que je puisse citer.
Dans l'ensemble de ces scènes d'une richesse inépuisable, ce "jeu de la Passion" dans la neige, loin des reconstitutions en costume, kitschs, malséantes ou
intellectuelle, fait sentir ce que pourrait être, si elle était dégagée de toute hypocrisie, de toute niaiserie, de toute compromission, de tout arrière goût manipulateur, de tout mensonge avec
soi-même, la Foi.
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