THE DEAD GIRL

Publié le par Pénélope Lemarchand

girl.jpgREALISATICE : Karen Moncrieff
ACTEURS : Toni Colette, Brittany Murphy...
DUREE : 1h25'


     Une femme infantilisée par sa mère trouve le corps tailladé d'une jeune morte dans un champ. Un fille se persuade qu'il s'agit du corps de sa soeur. Un femme découvre que son mari est le tueur. La mère de la victime part sur les traces de sa fille...

    
Cinq chapitres pour envisager la mort non pas tant - comme c'est si souvent le cas - dans ses causes, mais dans ses conséquences. L'habituel qui ? pourquoi ? comment ? qui entraîne les enquêtes policières vues et revues, les explications psychologiques bâclées ou invraisemblables et les scènes gratuite de violences est ici totalement négligé au profit d'une autre question : et après ?
     La première femme, infantilisée par une mère psychopathiquement possessive va enfin exister pour elle-même. En découvrant le corps mutilé de la victime, elle aura une responsabilité, un rôle, aussi modeste soit-il, une existence. Ce "quart d'heure de célébrité" sera suffisant (avec ce que le spectacle de la mort peut réveiller comme goût pour la vie) pour lui donner un léger espoir d'échapée, de liberté, d'autonomie. Certes elle reste accablée de traumatisme, encore incapable de se penser autrement que comme soumise et victime, mais l'autre victime - la vraie, la morte - lui montrera tout simplement qu'elle est vivante, et qu'on ne peut pas passer sa vie à préférer la mort.
     Hantée par la disparition de sa soeur, le poids de sa présence familiale fantasmatique dans l'espoir poussé jusqu'à l'absurde qu'elle réapparaisse, pourrit aussi la vie de la seconde. D'où le contre-espoir qu'elle a de se débarasser du fantôme sitôt qu'un détail peut lui faire croire que la morte est sa soeur. Et cet espoir entr'ouvre enfin le monde que l'absente avait fermé : le monde des autres, des vivants, de l'avenir. Et même si la morte n'est pas sa soeur, la faille est ouverte, quelqu'un d'autre a existé, présent, en chair, en vie.
     Le troisième chapitre est le plus complexe, le plus ambigu. Il donne du tueur une image repoussante parce que, justement, c'est un homme parfaitement banal, médiocre, insignifiant mais dans lequel se cache forcément - bien enfoui et donc redoutable - ce qu'on nous a soufflé d'obsessions morbides et de perversité infantile. Choisir le jugement du feu,  choisir de brûler jusqu'à ses propres vêtements, c'est pour sa femme un manière de se libérer du démon de l'autre, tout en laissant l'autre face à sa responsabilité, choisir le grand dépouillement, l'espoir de retrouver une nudité d'avant la faute et d'avant la mort.
     Les trois premiers chapitres ont donné de la maternité une vision traumatisante et cauchemardesque, hantés qu'ils sont par la figure de la mère négative. Les deux derniers chapitres, qui n'en sont qu'un, vont renverser l'image et reconstruire, de manière particulièrement édifiante, malgré la mort, malgré la déchéance, malgré l'acharnement sans pitié du destin et des hommes, une figure positive, lumineuse, libératoire, constructive de la mère - et donc de l'amour.

Publié dans Mes Tops

Commenter cet article

Armelle 27/05/2008 16:20

Merci de ta visite et de tes commentaires. Sur ce film, en particulier, tu n'en dis pas plus que moi mais tu le dis autrement. C'est l'attrait de ces blogs qui offrent une vision du cinéma dans des perspectives très variées, car chacun appréhende cet art avec sa sensibilité propre. Bonne continuation, trop blog est très attractif.

dasola 27/05/2008 15:59

Bonjour Pénélope, très intéressante analyse sur l'image de la mère et la maternité. En ce qui me concerne j'ai un faible pour le 4ème segment avec Marcia Gay Harden (magnifique). Très beau film de femme sur les femmes.

kitano 11/04/2008 19:54

Un film très envoûtant, j'ai beaucoup aimé aussi. 5 portraits de femmes désespérée, un ambiance assez glauque, on en ressort marqué.

Nini 08/03/2008 10:41

Bonjour Pénélope! Ca fait un p'tit moment que je n'avais laissé aucunr trace de mes passages. Mais lorsque j'ai vu le titre du film, je me suis demandée si tu parlais du film que j'avais hésité à louer hier. Et c'est le cas! Apres avoir lu ton article je pense que je le louerais tout de meme.
Pour ce qu'il s'agit du dernier Tim Burtton, je pense que je vais attendre ;) Je vais essayer de voir ''there will be blood'' ou '' 10 000 b-c''
biz

Gilbert DUNEZ 07/03/2008 18:14

Bonsoir Pénélope... Un petit coucou en passant chez toi. Bises.
A+++ Gilbert