REALISATEUR : Jason Reitman
ACTEURS : Ellen Page, Michael Cera...
DUREE : 1h31'
Après trois tests de grossesse, Juno (16 ans) est obligée d'admettre qu'elle est définitivement enceinte. Dégoûtée par le bureau du
planing familial, et réalisant qu'au bout de deux mois son bébé a déjà des ongles, elle décide de le faire adopter...
L'affiche demande "Enceinte ! Et alors ?"... Et alors on s'en fiche, car ça n'est pas du tout l'intérêt du film. A la limite, le fait que Juno soit enceinte n'est
qu'un élément parmi d'autre, et finalement assez anecdotique.
Car ce qui fait - à mon avis - l'intérêt définitif du film, c'est le personnage de Juno elle-même, qu'elle soit ou non enceinte, qu'elle décide ou non de garder son bébé,
qu'elle le confie ou non à une autre.
Et ce qui compte dans le personnage de Juno, c'est justement que c'est un "personnage", et ce genre de "personnage" qu'on ne recontre que dans les films ou -
éventuellement - au théâtre.
Un "personnage", c'est un acteur + un rôle. Et tout est dans le "+". Je veux dire par là qu'ici, toute la saveur du film est dans la relation entre l'actrice et le rôle
qu'elle joue. Des dialogues totalement surréalistes, décalés, savoureux, insupportables, d'une espèce rare d'intellectualisme délurée, de sagesse désinvolte, pleins de sensibilité amère et
de lucidité fantasque, tout cela joué par une adolescente sympathique avec le plus grand naturel du monde, une simplicité et une évidence totalement invraisemblable, et donc
totalement enthousiasmante.
A côté d'elle, une "best friend" qui n'est là que pour le contraste, teenager au visage de teenager parlant avec une voix de teenager pour dire des phrases de
teenagers, et un "boy friend" perdu entre ces deux univers, teenager dans l'âme, mais sous le charme de sa sorcière bien aimée qu'il sent définitivement impossible à comprendre - mais tellement
facile à aimer.
D'ailleurs, tous les autres personnages sont eux aussi, d'une certaine manière, des faire-valoir de cette anomalie rigolotte et attachante, pénible et séduisante,
qui a pour elle - parce qu'elle est fondamentalement impossible - de ne ressembler à personne : Juno est une chimère.
Et c'est ce décalage entre la "femme" (qui a écrit le scénario) et la "fille" (qui incarne le personnage) qui aboutit tout naturellement à en faire une "fille femme",
c'est-à-dire une adolescente enceinte, actrice à l'extérieure et scénariste à l'intérieure. C'est aussi pourquoi elle ne peut pas garder cet enfant pour elle : comme si les paroles n'appartenait
à l'actrice que le temps d'un film, la femme n'est dans la fille que pour un temps : à la fin tout redevient normal, la femme tient dans ses bras son fils premier né ; la fille chante faux
une chanson de teenager avec son boyfriend.
Après cette théorie interprétative au 5ème degré dont je suis particulièrement fière, voilà le gag qui m'a fait le plus rire : "-- Tu t'appelles "Juno"... comme la ville
"Juno" en Alaska ? -- Non." On apprendra en effet un peu plus tard que la ville d'Alaska n'y est pour rien, mais que tout est de la faute de Zeus (comme moi d'Ulysse...)
LES Derniers Commentaires