REALISATEUR : Terry Gilliam
ACTEURS : Jodelle Mican Ferland, Janet Mc Teer...
DUREE : 1h57'
Jeliza-Rose voit sa mère mourir d'une overdose. Elle part avec son père s'installer dans une ferme perdue dans un champ. Il meurt
d'overdose à son tour...
Mon résumé n'est pas très explicite, l'affiche l'est peut-être davantage. Quoi qu'il en soit Tideland est un film totalement magique, inracontable,
indescriptible, incomparable.
La particularité de l'univers de Jeliza-Rose, c'est qu'il confond tout d'une manière tellement systématique qu'elle en devient parfaitement naturelle. Comme sur l'affiche
où il n'y a pas de différence entre les racines et les branches, le haut et le bas, le ciel et la terre.
Pour Jeliza-Rose, il n'y a pas de différence entre la vie et la mort : son père meurt, elle continuera à lui parler, à se blottir dans ses bras. Il n'y a pas de
différence entre la bonté et la méchanceté : elle peut être adorable avec ses têtes de poupées, comme cruelle, avec le même sérieux et la même détermination. Il n'y a pas de différences entre la
jeunesse et la vieillesse. Dickens, son voisin fantasque, est un enfant dans un corps d'homme quand elle - dans la scène où elle fait le garot et pique son père, par exemple - est bien souvent
une femme dans un corps de petite fille.
Mais il n'y a pas non plus de différence - et c'est une des grandes beautés du film - entre la poésie et la vulgarité. Et tout le film bascule sans cesse entre les
extrêmes avec une indifférence et une désinvolture totale. Le père pète monstrueusement dans le car qui les amène à la ferme, tout comme Jeliza-Rose rêve délicieusement qu'elle nage dans sa
maison, au milieu d'étranges animaux. Ces décalages de tons ne forment pas de contrastes. Ils sont au contraire parfaitement homogènes et équilibrés et construisent un univers ou le beau et le
laid, le décent et l'indécent sont des mots qui ont perdu toute signification.
Mais plus encore, la différence qui a totalement disparu, c'est celle entre la fiction et la réalité. Un car est un sous-marin, un train est un requin, on parle à des
morts empaillés comme à des vivants, à des têtes coupées de poupées barbie comme à des amies. L'onirisme est à la fois délirant et réaliste, une sorte de fantasme éveillé perpétuel, jusqu'à ce
qu'à la fin, un univers qui ressemble un peu plus au nôtre surgisse pour recueillir Jeliza-Rose qui, parvenue à l'extrémité du rêve, doit bien finir par se réveiller.
Ce happy end totalement inattendu (au moins par moi) dans un film où le bien et le mal n'existent pas, n'est d'ailleurs pas vraiment un retour à la réalité...
Puisqu'il repose sur une totale confusion, sur une bienheureuse méprise, sur un dernier coup de génie de l'étrange esprit cauchemardesquement onirique (ou oniriquement cauchemardesque) qui plane,
de bout en bout, comme un oiseau de mystérieuse augure, sur tout le film.
LES Derniers Commentaires