BATTLE FOR HADITHA

Publié le par Pénélope Lemarchand

haditha.jpgREALISATEUR : Nick Broomfield
ACTEURS : Elliot Ruiz, Yasmine Hanani...
DUREE : 1h33'




     En Irak, des insurgés font placer des bombes artisanales télécommandées par des téléphones portables. Une de ces bombes est déclanchée lors du passage d'un convoi de Marines américains. Nous sommes le 19 novembre 2005 à Haditha. 24 hommes, femmes et enfants irakiens seront sauvagement tués en représailles...

    
Ce film commence dans un style documentaire, avec intervention des protagnistes face à la caméra, mais, malheureusement, abandonne très rapidement ce parti-pris en multipliant les points de vue : on sera tour à tour avec des terroristes, des autochtones, et les marines : la caméra n'est donc plus "incarnée", mais devient très vite un point de vue détaché, vu de haut, c'est-à-dire de nulle part.
     La conséquence, c'est qu'au lieu de suivre uniquement les marines, de comprendre de l'intérieur les raisons de leur acte de barbarie, et de se poser soi-même la question de savoir dans quelle mesure il est justifiable ou injustifiable, le réalisateur essaye d'équilibrer les rôles en montrant des irakiens fanatisés ou fanatisants, des irakiens gentils et innocents, etc.
     Cette démission évite au film de prendre position. Les rôles se renvoient dos à dos et le spectateur est exclu du dilemme puisqu'il n'est - en fait - ni dans un camp ni dans l'autre. Au mieux se place-t-il du côté des victimes, ce qui enlève beaucoup d'intérêt à l'histoire. Car au lieu d'essayer de comprendre comment une situation calamiteuse entraîne des actes calamiteux (et le mot est faible), on s'appitoie sur le sort des victime : c'est la moindre des choses, bien sûr, mais ça n'est pas ça qui améliorera quoi que ce soit.
     Pour autant, la scène du carnage proprement dit plonge le spectateur dans un chaos assez terrifiant, sans excès, sans trop de mise en scène théâtrale, un petit combat de rue en somme, mais pour ceux qui s'y trouve, un drame absolu, un contact avec l'insoutenable.
     L'insoutenable, c'est l'absurde. L'absurde au pire sens du mot. Quand ces hommes artificiels, gonflés de leurs prothèses armées, qu'ils soient chez eux ou pas, qu'ils défendent ou non une cause qui les conserne personnellement, quand ces hommes qui se gargarisent ou qu'on a gargarisé de grands mots creux et vides, qui s'improvisent grands justiciers de l'univers, quand ces hommes, tout simplement, tuent.
     Car il n'y a pas de marines, d'insurgés, de militaires, de terroristes, de blancs ou de musulmans : il y a des hommes entre eux qui se tuent entre eux. Qui se sont déguisés absurdement sous des noms de peuples, de races, d'idéologies ou de religions, et qui ne se voient plus.
     Et parce qu'ils ne voient plus l'homme mais seulement son déguisement, il ne voient plus l'enfant ou la femme, le vieillard ou la jeune fille : ils voient l'ennemi, l'autre, le méchant, le danger, le prétexte, l'occasion, la "légitime démence" et ils tirent, ils font exploser les bombes, ils massacrent, et - lorsqu'ils vont jusqu'à ne plus voir l'homme en eux-mêmes - ils s'explosent.

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