LIVE !

Publié le par Pénélope Lemarchand

live.jpgTITRE : LIVE !
REALISATEUR : Bill Guttentag
ACTEURS : Eva Mendes, David Krumholtz...
DUREE : 1h36'


     La responsable des programmes d'une chaîne de télévision se lance dans une émission-scandale proposant à des volontaires de risquer leur vie à la roulette russe pour 5 millions de dollars. Un caméraman suit toutes les étapes de la conception du programme jusqu'au grand soir...

     On se pose parfois les mauvaises questions, ou en tout cas des questions qui amènent forcément de mauvaises réponses. Ici, par exemple, une question sur la responsabilité qui revient, de scènes en scènes, tout au long du film. Un jeune homme qui croit croire en la vie la risque pour 5 millions de dollars et meurt devant des dixaines de millions de télespectateurs. A qui la faute ?
     Et c'est là que commence le ballet des décharges de responsabilités. La directrice des programmes, ambitieuse et tenace, qui est prête à tout pour attirer un maximum d'audience, même à une heure du matin ? Elle ne fait pourtant - c'est son principal argument, et il est loin d'être fumeux - que suivre le goût du jour, l'attente des spectateurs, la demande générale, la tendance, la mode.
   Le juriste qui choisit le camp de l'audace et de la modernité en plaidant pour le show au lieu d'en dénoncer l'immoralité ? Mais il ne se situe pas dans la moralité. Il ne décide pas si c'est bien ou mal, édifiant ou inacceptable, il se situe dans la légalité : or les législateurs ne sont pas des moralistes. Ils sont bien obligés de composer avec la réalité sociale, et, trop sévères ici, trop laxistes là, eux aussi, se voient commander leur appréciation du légal ou de l'illégal par la force écrasante du "goût du jour".
     Les candidats, ceux qui ont accepté de se prêter au jeu, qui sont prêt à risquer leur vie pour vivre mieux, prêts à exhiber leur mort, à vendre leur survie au hasard, à livrer leur âme aux caméras, à tout espérer non pas d'eux-mêmes mais de leur image, de leur pantin télévisuel qu'on va agiter devant des millions d'yeux ? Mais là encore, les candidats n'existeraient pas s'il n'y avait pas des yeux pour les faire exister, et au moment où ils se retrouvent seul à seul dans le "canon", on sent bien que c'est le regard des autres, et non eux-mêmes, qui les a amenés là.
     Le public alors, qui cautionne en regardant, qui réclame, avide, curieux, et qui par une force qu'il ne soupçonne même pas, amène peu à peu la télévision à lui montrer exactement ce qu'il attend qu'elle lui montre ? Car le mot est prononcé dans le film, pour être nié, et qui pourtant décrit au mieux le public : le public est obscène, définitivement, et l'aspect commercial des choses n'est en fait que le moyen qu'il a trouvé pour imposer à la télévision d'assouvir chaque jour un peu plus son absolue obscénité. Car le public n'est pas manipulé par la télévision et par la publicité. C'est lui qui les manipule et qui en fait - peu à peu - ce qu'il en veut.
     A lui la faute alors ? Mais "le public" n'existe pas. On ne peut pas condamner "le public". "Le public" est une force immatérielle qui est composée d'une multitude de personnes dont aucune n'est en particulier "le public". Ou alors, "le public", c'est l'homme, mais non pas tel ou tel homme, ici et maintenant, mais ce qu'il y a de plus sourd, de plus profond, de plus universellement partagé entre tous les hommes, et qui se révèle sitôt que c'est la foule qui fait la loi. La méchanceté, la peur, la sottise, le plaisir libératoire de voir l'autre souffrir à sa place, l'indécence, la barbarie, et comme je le disais tout à l'heure, parce qu'à mon avis cela résume tout : l'obscénité.

     Et pourtant chaque candidat représentait un espoir : l'ascension sociale, la reconnaissance sociale, le respect de la tradition familiale, le travail intellectuel, le sport, l'engagement artistiques, autant de voix qui auraient pu mener à la construction de soi et qui sont rattrapées, de plein fouet, par l'immémoriale obscénité qui se réjouit moins de les voir réussir qu'elle ne prend de plaisir à voir exposer leur mort sur l'arène.

Publié dans Mes Tops

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:0051:Sebiwan 29/01/2008 08:21

C'est un film qui "ose" et c'est bien.
Je vais peut être aller le voir
Biz