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  • : Pénélope Lemarchand
  • : Célibataire
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Vendredi 25 janvier 2008

clown.jpgREALISATEUR : Lee Jun-ik
ACTEURS : Woo-seong Kam, Jin-yeong Jeong...
DUREE : 2h00'




    Dans la Corée du XVIème siècle, deux comédiens se retrouvent au palais du roi avec comme obligation de le divertir. L'un excelle à railler les vices de la cour, tandis que l'autre, aux mystérieux traits androgynes, captive de plus en plus le regard du roi...

     Un drame comme on en a chez Shakespeare, avec son ancrage historique, ses scènes de farce, ses scènes sentimentales, ses scènes de foule, sa raillerie des fausses grandeurs du monde, sa vision réaliste des hommes, sa sagesse, sa poésie, sa réflexion, à l'intérieur du théâtre, sur le théâtre.
     Mais avant tout un spectacle, offert généreusement au spectateur, et à ses yeux avant tout. Spectacle de couleurs, de mouvements, de visages. Cinq visages qui sont autre chose que des visages, des archétypes : l'un des comédiens, Jang-seng, visage du théâtre farcesque qui fait rire et réfléchir, miroir du monde extérieur et de ses contradictions ; l'autre, Gong-gil, visage du théâtre séducteur qui fait pleurer et s'émouvoir, miroir du monde intérieur et de ses tiraillements. Le roi, visage de l'autorité avec ses mille failles, ses mille fragilités, ses abus et ses manquements. La favorite et son visage de beauté sophistiquée, beauté fière, orgueilleuse, exigeante, jalouse jusqu'à la méchanceté. Le conseiller enfin, et son visage de sagesse, jamais parfaite, jamais sans compromission, jamais récompensée.
     L'histoire n'est alors à mon avis qu'un pretexte à mettre en scène un hymne aux pouvoirs du théâtre. Et non pas du grand théâtre, des grandes tirades, des grands mythes et des vers impeccables. Le théâtre du monde, de la rue, de la foule. Le théâtre des bassesses du monde, montrant la pute du roi s'évantant l'arrière train en chiant comme un cheval pendant que le roi pisse à grand flots. Le théâtre de la vie, donc. Le théâtre de la réalité. Le théâtre de la vérité.
     Ces pouvoirs sont simples : en représentant les choses que l'homme ne sait plus voir, ou celles qu'il ne veut pas voir, le théâtre est une machine effroyable de clairvoyance, face à laquelle l'homme, pétri d'hypocrisies, de déguisements et de mensonges, se retrouve mis à nu. A la fois révélateur de la vérité et présence de la vérité elle-même, comme dans la scène de la représentation du crime de la Mère où le roi vit enfin son cauchemar intime en même temps qu'il cherche à le révéler à tous.
     Le théâtre - ce théâtre au moins - est dangereux, c'est la leçon du film. Il est dangereux aussi bien quand il fait rire que quand il séduit. Car sa vérité comme sa séduction ont quelque chose d'inhumain. De sorte qu'il est systématiquement - et c'est une des répliques qui a le plus emporté le rire nerveux de toute la salle - porteur de mort. Jang-seng, par sa clairvoyance et sa bonté, son caractère protecteur et sain, est inhumain. Gong-gil, par sa beauté endrogyne indéfinissable, sa séduction langoureuse et hypnotisante, est inhumain. Aussi dans la dernière image, lorsque sous eux la réalité reprend ses droits sur la vérité, sont-ils - eux - déjà dans le ciel.

par Pénélope Lemarchand publié dans : Mes Tops communauté : ciné-blogs
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