SURVIVRE AVEC LES LOUPS

Publié le par Pénélope Lemarchand

loups.jpgTITRE : SURVIVRE AVEC LES LOUPS
REALISATEUR : Véra Belmont
ACTEURS : Mathilde Goffart, Yaël Abecassis...
DUREE : 1h58'


     Une petite juive, Misha, se retrouve séparée de ses parents dans la Belgique envahie par le National-Socilalisme. Apprenant qu'ils sont envoyés vers l'Est, elle s'échappe dans cette direction et affronte la faim, le froid et les loups...

     Mon premier film français de l'année, et une histoire comme on les aime. Simple, linéaire, marquée par les saisons de la nature, un aller-retour pour rien, mais qui dans son inutilité absurde se transforme en Odyssée du courage, de la ténacité, de l'héroïsme pour une fillette qui répond à la cruauté de la guerre par l'énergie et l'obstination.
     Misha est un Petit Chaperon Rouge à l'envers, avec sa cape en linoleum volée dans un repère d'officiers nazis : pour elle, les loups seront des amis, ils la réchaufferont la nuit, ils partageront le butin de leurs chasses. Car il y a des époques où le pire animal, c'est l'homme. C'est Thomas Hobbes je crois qui disait : "l'homme est pire qu'un loup pour l'homme, c'est un homme".
     Or parmi les hommes, il y a les "justes", ceux qui ont risqué leur vie pour sauver les victimes de la barbarie et de l'extérmination organisée, comme la femme qui, par "amour d'amour", éloigne Misha de Bruxelles ; il y a les "profiteurs" dont la bienveillance est intéressée et hypocrite, comme la femme qui héberge Misha et s'amuse de lui faire manger du cochon ; et il y a les "bons", qui sont ceux qui, le mieux qu'ils peuvent, à leur manière, donnent le coup de main qu'il faut avec la parole qu'il faut.
     Et puis il y a ceux qu'on n'entraperçoit seulement, par qui le mal arrive et se love et sème la peine et l'injustice sur son passage, ceux que Misha parvient à déjouer, parce qu'avec ses idées fortes, simples, humaines et sensibles, elle est mille fois plus forte qu'eux : l'héroïsme n'a jamais été de gagner une guerre, l'héroïsme, c'est de risquer tout pour retrouver sa mère et son père, quand justement c'est l'injustice qui les a enlevés.

     L'homme est capable de vivre avec les loups. C'est la leçon du film. L'homme est capable d'adoucir la sauvagerie de la nature. Et le même homme qui a cette capacité insigne d'amener petit à petit la nature à devenir bienveillante, c'est lui qui brutalement, peut devenir le barbare et le sauvage lui-même, et montrer les crocs aux autres hommes. Survivre avec les loups, c'est aussi survivre avec soi-même, et savoir traverser ses propres hivers sans céder.


PS (08/02/29) : le quotidien belge Le Soir a publié jeudi 28 février 2008 une déclaration de Misha Defonseca dans laquelle elle reconnaît s'être "racontée, depuis toujours, une autre vie" et demande "pardon à tous ceux qui se sentent trahis". Véra Belmont a déclaré : "Si elle m'avait dit la vérité, je l'aurais fait quand même (l'adaptation, ndlr) parce que, étant moi même juive et voulant parler de cette époque, je ne pouvais pas en parler frontalement."
Cette révélation - qui n'en est pas une - ne modifie évidemment rien du film, et ne change rien à l'histoire. De toute façon il n'y a pas "d'histoire vraies". La réalité est faite de corps et de souffle, les histoires sont faites de mots. Où alors, chaque histoire est "vraie" en tant qu'histoire, et c'est cela qui compte.

Publié dans Mes Tops

Commenter cet article

samom 29/02/2008 19:14

http://tempsreel.nouvelobs.com/depeches/culture/20080229.FAP9519/survivre_avec_les_loups_misha_defonseca_avoue_une_super.html