REALISATEUR :
Werner Herzog
ACTEURS : Timothy Treadwell, Werner Herzog...
DUREE : 1h43'
Timothy Treadwell, un marginal assez instable, se rend chaque été en Alaska pour vivre à proximité des grizzlys. Il se filme et filme les ours, accompagnant chaque séquences d'interminables monologues. La treizième été, il se fait dévorer avec sa compagne.
Ce film raconte la vie d'un homme atypique, qui trouve sa raison d'être en bravant chaque été la mort auprès d'animaux énormes, sauvages et totalement indifférents à sa présence. Ne parvenant pour ainsi dire à établir aucun réel contact avec eux, il passe son temps à prendre des risques inutiles et à parler de lui-même.
Comme le note Werner Herzog dans le commentaire, jamais on ne remarque dans le regard des ours la moindre complicité, la moindre affection, la moindre forme de relation ou de reconnaissance avec Timothy Treadwell, qui, pendant treize ans pourtant, a partagé leurs étés. Jamais non plus Timothy Treadwell ne semble faire quoi que ce soit d'utile en ce qui les concerne. Il est là, comme la mouche du coche, s'improvisant défenseur de la nature et ambassadeur des grizzly, et ne fait que gesticuler et monologuer.
Le personnage pourrait être définitivement antipathique s'il n'était au fond profondément pathétique. L'inutilité totale de son entreprise masquée par le risque et l'originalité, il passe son temps en représentation, à se fabriquer un personnage théâtral, à la fois vain et excessif, jubilant et souffrant, et surtout essentiellement perdu.
Quant au film lui-même - sans concession, implaccable même pour condamner l'ambiguité des motivations de Timothy Treadwell comme sa responsabilité dans le drame final qui lui a coûté la vie et celle de sa compagne - il n'en est pas moins profondément émouvant, dans la manière qu'il a de suivre, d'épouser, de compatir presque à une inévitable déroute, un fiasco minable et grandiose à la fois.
Aussi, à la fin, quand tout semble n'avoir été que mystification, caricature, canulard, supercherie amère et cynique, il reste le souvenir de cette nature d'une beauté et d'une grandeur inhumaine, et cette musique au contraire d'une grande humanité, superbe, une des plus belles qui soit, seul regard juste et humain qui se pose sur ces images et cette histoire désespérante.
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